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fratermonde

Mercredi 5 janvier 2005
Ce blog m'est inspiré par la lecture régulière, assidue  de "Parole à tous".
Professeur des écoles, j'ai déjà un site personnel sur Wanadoo, mais je crois que l'aventure des blogs vaut la peine d'être tentée.

Une des premières urgences (parmi bien d'autres), pour réaliser ensemble les prétendues "utopies" (en réalité des nécessités urgentes) qui nous permettront de dépasser notre niveau actuel (à peine plus élevé que celui des primates que nous appelons "singes"), c'est de parvenir à nous interroger sur notre communication langagière.

Il y en a énormément d'autres, essentiellement écologiques et politiques (ou plutôt écologiques, donc politiques) mais je ne souhaite pas faire de hiérarchie entre les urgences.
Je m'intéresse seulement à celles pour lesquelles je m'estime relativement compétente.

Ce sera donc l'un des objets de ce blog. Mais il y en aura peut-être d'autres...

A suivre, donc...

Par Dominique Couturier
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Mercredi 5 janvier 2005
La principale de mes luttes consiste donc à faire de l'information sur la langue internationale désignée généralement sous le nom "espéranto".

Non que je souhaite que dès demain tout le monde se mette à l'apprendre... Mais qu'on sache au moins quelles sont ses qualités et ses possibilités...

Car depuis que j'ai découvert les qualités irréfutables de cette langue, moi qui en parle 4 autres et ai quelques notions de, et peux en comprendre un peu 2 ou 3 autres, je n'arrive toujours pas à comprendre comment il se fait qu'il ait tant de mal à "percer" dans un monde en pleine... mondialisation!

Bien sûr, je sais que pour le grand public il n'existe pas d'autre "langue internationale" que l'inévitable anglais. On a tout fait pour l'en persuader depuis des années et des années.

Mais les profs? Les chercheurs? Les journalistes? Les sociologues? Les syndicalistes?... bref, tous ceux à qui "on ne la fait pas", tous ceux qui ont pour métier plus ou moins de fouiner dans tous les coins, d'éduquer, de chercher à "optimiser" notre monde dans sa glorieuse marche vers un avenir en progrès illimité?

Pourquoi tous ceux-là sont-ils à ce point ignorants de cette mine, qui gît là, à la portée de tous, mais qu'on ignore, sous-entendant qu'elle n'est pas un truc bien sérieux?
Oui... Pourquoi?
Je ne cesse de me poser la question.
Ce qui ne m'empêche pas de tout faire pour renverser la vapeur...
Par Dominique Couturier
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Samedi 8 janvier 2005
Voilà le dialogue qu'il était possible de lire récemment sur une liste d'enseignants à laquelle je suis abonnée:

------- interlocuteur 1 ------------------------------
moi pas comprendre...

-------- interlocuteur 2 ---------------------------
Tiens, de l'espéranto! ;-)
----------------------------------------------------

Sans doute n'y avait-il pas une réelle volonté consciente de nuire à la personne n°1, ni même de nuire à l'espérantisme...
Mais pourtant, si on y réfléchit... La phrase "moi pas comprendre" est ce qu'on appelle couramment du "petit-nègre", en souvenir de l'époque coloniale. A cette époque, les colons avaient à l'égard des colonisés une condescendance qui consistait à les voir comme de "grands enfants".
Comparer un énoncé de ce type à l'espéranto, c'est sous-entendre que ce serait une sous-langue, qui ne vaut guère la peine d'autre chose qu'un sourire amusé...
Ce n'est même pas méchant, en effet: c'est bien pire.
C'est manipulateur. On dénie le statut de vraie langue à l'espéranto, sans en rien savoir.
Peut-être même en dehors de la volonté consciente de l'auteur...

Les exemples de ce type sont légion.
Je n'ai pas le temps de faire les liens tout de suite, mais il y a, si je me souviens bien, une ou plusieurs notes à ce sujet sur le blog "parole à tous". Je les ajouterai ici, ou j'essaierai de faire des trackbacks...

Par Dominique Couturier
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Mardi 11 janvier 2005

Hier soir, les journalistes du Monde Diplomatique étaient à l'émission "là-bas si j'y suis" pour présenter leur numéro de janvier.

Evidemment, ils ont parlé de l'article de Bernard Cassen consacré à l'intercompréhension entre langue voisines.

Et Daniel Mermet a signalé qu'une auditrice avait réagi très vite à la parution du journal, pour préconiser l'espéranto (c'était moi). Ensuite, quelqu'un a taquiné M Cassen en déclarant que son article de deux pages portait sur... L'espéranto. Cette petite blague a eu un certain succès dans le studio.  Ecouter quelques secondes

Voici  ce que cette partie d'émission m'inspire, et la lettre ouverte que j'adresse à Daniel Mermet:

__________________________________________________

Salut l'équipe, salut Daniel,

 (...) Je dois être naïve ou je ne sais pas quoi, mais... comme le deuxième jour (je crois) de la création du répondeur, mon message sur l'impossibilité d'enseigner l'espéranto à l'école était passé à l'antenne , je me disais que ça devait être une idée à laquelle Daniel Mermet n'était au moins pas hostile.

Et puis les années ont passé, les menaces sur la diversité se font de plus en plus précises et lourdes, et puis... eh bien nous, les espérantistes, on n'a pas la moindre petite voix au chapitre chez D Mermet...

Comme, d'ailleurs, dans les autres médias, radio, presse écrite, TV etc..."

Voilà, ce que je me disais ces derniers jours...

Et puis je me rappelais... Au mois de mai 2004, il y avait une manif à Strasbourg "Europa Bunto", pour la diversité culturelle et linguistique. On a été au moins deux à appeler le répondeur (et moi au moins deux fois) pour essayer de faire passer notre info. Rien.

Bon. Peut-être que les nécessités de l'info à ce moment-là, etc... Chacun son affaire, ses compétences etc...

Sans être naïve (genre "on est tous des copains, youkaïdi youkaïda...") et en ayant bien conscience que le fait d'écouter les émissions de Daniel depuis des années et des années ne donne aucun "droit", je me demande tout de même: "Lui qui défend tant d'idées humanistes, contestataires, des idées de justice et de démocratie, est-il ou non un homme de POUVOIR?"

Et ça, cette supposition, cette éventualité, ça m'emmerde profondément.

Et je me dis: « Et si le choix d'avoir passé mon message un jour déjà lointain, n'avait été motivé que  par un manque de messages "vraiment intéressants", situation où l'on peut passer n'importe quoi (histoire de meubler), par une sorte de vague gentillesse envers ce qui est perçu comme un folklore, non dangereux...  mais non vraiment nécessaire?   A moins que ce n'ait été une autre personne que Christophe Imbert qui ait dépouillé les messages à l'époque (et il y en avait bien moins)? Ou encore que Daniel ait changé d'avis entre-temps? »

Mystère...
Et puis... hier.

Je trouve quand même un peu vachard (et pas vraiment exact) la façon de présenter mon approche. C'était pour le moins raccourci (couic!!!) donc forcément déformé. "Une auditrice qui nous disait la solution c'est l'espéranto... Ça, Bernard Cassen n'y a pas pensé...". En tous cas, je ne sais pas qui a fait la blague de dire « deux pages sur...l'espéranto » mais c'est vrai que c'est drôle. A part que naturellement, moi je me demande si c'est du lard ou du cochon, comme humour.


Mais où est le "ton" Mermet, ce ton tellement particulier qui fait qu'on se dit que ça doit être un gars profondément humain, qui s'intéresse sincèrement à tous les petits, ces "gens de peu" comme il les appelle? Qui les comprend... Qui défend leurs intérêts... Oui, jusqu'à quel point les idées collent-elles au "ton"???? Vague malaise...


Bon, en tous cas, maintenant que la partie immergée de l'iceberg "anglophonie" ou plutôt "anglolâtrie" et même pire: "anglocratie" vient peu à peu à la surface (ouf, c'est déjà ça!), va-t-on réussir à avoir enfin un réel débat sans que les plus estimables et fréquentables des journalistes continuent de "verrouiller" sur ce sujet? J'entendssur l'opportunité d'une langue-pont construite comme auxiliaire de la diversité culturelle et linguistique?

Il semble hélas que ce soit rien moins que sûr.

Ou alors, j'ai peur que ça ne puisse se faire qu'au forceps!


Je sais que Bernard Cassen n'est pas favorable à l'idée, il me l'a dit cet automne à la fin d'une réunion à Niort sur le TCE... Mais Bernard Cassen (tel le Pape) serait-il infaillible? :-p


Ce que trop de gens n'ont pas l'air de vouloir examiner, simplement examiner, c'est que l'espéranto est loin d'être ce qu'en fantasment ses adversaires ou les "sceptiques". Et, en tous cas, il est loin d'être incompatible avec ce qu'analyse et propose Cassen dans son article.

Ce n'est pas l'espéranto OU l'intercompréhension, c'est l'espéranto ET l'intercompréhension.


Fromage ET dessert, quoi!


Oui, vraiment vous n'en avez pas l'air...

Bon. On peut très bien ne pas avoir l'air... et avoir cependant la chanson. Mais franchement, je ne parierais pas un seul euro là-dessus. D'ailleurs, je ne suis pas parieuse.


N'ayez crainte, je ne vais pas jouer ma susceptible, depuis le temps que je lutte, je commence à avoir un cuir de rhinocéros...

Alors, si jamais "Là-bas..." ne voulait pas amorcer le débat, si notre Daniel national était, lui aussi, enfermé dans une vison aussi têtue que péjorative de la "langue internationale", on se débrouillera autrement. Comme d'hab!


De toutes façons, dans un monde de rapports de force, y a pas de secret, hein? Faut s'imposer, à défaut d'en imposer. On va donc continuer à faire les fourmis.


Le seul truc vraiment rageant, c'est le temps qu'on ( = les peuples européens) perd contre l'anglocratie, en attendant... Et bête aussi le temps et l'énergie qu'on ( = les espérantistes) dépense à cette lutte, alors que tant d'autres seraient également dignes de nos efforts, et qu'hélas on ne peut pas être sur tous les « fronts »...

Bon, allez, sans rancune...

Dominique Couturier,

(emmerdeuse de service)

Par Dominique Couturier
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Vendredi 14 janvier 2005

Ce matin 14 janvier, Bernard Guetta, dans sa chronique de géopolitique, s'est irrité de ce que les Brésiliens n'exigent plus une parfaite connaissance de l'anglais de ceux qui visent la carrière de diplomates.  Geste symbolique et de peu de portée immédiate, certes. Car comme le fait remarquer M Guetta, cela n'empêchera pas ses diplomates d'utiliser cette langue à l'occasion.

Par contre, et même si, comme il le dit, c'est la première langue véhiculaire utilisée actuellement dans le monde, ce n'est pas une raison pour en faire une fatalité qui durera eternellement.

Ensuite, il nous assène les demi-vérités habituelles, comme par exemple de dire que l'anglais est parlé partout en Inde... alors qu'en fait il ne l'est tout au plus que par 10 à 15 % de la population des grandes villes, mais presque pas dans l'immensité de ce continent en plein essort. La grosse force de tous les zélateurs de l'international english, c'est de nous faire croire ce qu'ils veulent puisque de toutes façons on a peu de moyens de vérifier ce qu'ils prétendent, et le ferait-on qu'on n'aurait pas les moyens de le faire savoir.

Je lui ai écrit ceci, qui aurait sans doute dû être plus réfléchi et fignolé, mais on ne peut pas passer sa vie à écrire comme un professionnel...

_____________________________________________

Monsieur,

Je vous conseille de lire le dernier Monde Diplomatique.
Bernard Cassen y fait une excellente analyse des mécanismes par lesquels une langue (en l'occurence l'anglais) est un outil puissant de domination.

Les brésilliens ont très bien fait, nous devrions en faire autant.
Et c'est dans leur pays, entre autres, que le mouvement espérantophone et espérantiste connait actuellement une progression tout à fait prometteuse. Il n'y a pas de hasard.

Vous avez beau grogner dans votre coin, de toutes façons, les Brésiliens s'en tamponnent et ils ont raison.
Par contre, ceux parmi les Français qui sont capables, comme moi et bien d'autres, de débusquer la profonde soumission à l'ordre établi (établi par la force) présente dans votre chronique, ne pourront que déplorer que vous fassiez partie de la meute de tous ceux qui n'hésitent pas à brader notre culture et notre langue sous le prétexte (imbécile et absolument pas fondé d'être moderne, dynamique, et autres foutaises qui érigent la loi de la jungle, la soumission du faible au fort en morale sociale supérieure.


Pour terminer, je vous ferai remarquer que c'est un magistral aveuglement (ou une terrible malhonnêteté) d'aller invoquer la vente de la Louisiane pour justifier l'usage totalitaire de la langue anglaise. Vous devriez savoir que ce n'est pas du tout là ce qui a déchaîné son envahissement forcené sur notre planète, mais en partie le plan Marshall de reconstruction de l'Europe, voulu comme un rempart contre le communisme, puis une politique aussi volontariste qu'intrigante de la part des Etats-Unis et de leurs godillots les Britanniques.

Salutations profondément européennes et espérantistes

Vous pouvez consulter mon blog sur http://fratermonde.over-blog.com/

Par Dominique Couturier
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