Hier soir, les journalistes du Monde Diplomatique étaient à l'émission "là-bas si j'y suis" pour présenter leur numéro de janvier.
Evidemment, ils ont parlé de l'article de Bernard Cassen consacré à l'intercompréhension entre langue voisines.
Et Daniel Mermet a signalé qu'une auditrice avait réagi très vite à la parution du journal, pour préconiser l'espéranto (c'était moi). Ensuite, quelqu'un a taquiné M Cassen en déclarant que son article de deux pages portait sur... L'espéranto. Cette petite blague a eu un certain succès dans le studio. Ecouter quelques secondes
Voici ce que cette partie d'émission m'inspire, et la lettre ouverte que j'adresse à Daniel Mermet:
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Salut l'équipe, salut Daniel,
(...) Je dois être naïve ou je ne sais pas quoi, mais... comme le deuxième jour (je crois) de la création du répondeur, mon message sur l'impossibilité d'enseigner l'espéranto à l'école était passé à l'antenne , je me disais que ça devait être une idée à laquelle Daniel Mermet n'était au moins pas hostile.
Et puis les années ont passé, les menaces sur la diversité se font de plus en plus précises et lourdes, et puis... eh bien nous, les espérantistes, on n'a pas la moindre petite voix au chapitre chez D Mermet...
Comme, d'ailleurs, dans les autres médias, radio, presse écrite, TV etc..."
Voilà, ce que je me disais ces derniers jours...
Et puis je me rappelais... Au mois de mai 2004, il y avait une manif à Strasbourg "Europa Bunto", pour la diversité culturelle et linguistique. On a été au moins deux à appeler le répondeur (et moi au moins deux fois) pour essayer de faire passer notre info. Rien.
Bon. Peut-être que les nécessités de l'info à ce moment-là, etc... Chacun son affaire, ses compétences etc...
Sans être naïve (genre "on est tous des copains, youkaïdi youkaïda...") et en ayant bien conscience que le fait d'écouter les émissions de Daniel depuis des années et des années ne donne aucun "droit", je me demande tout de même: "Lui qui défend tant d'idées humanistes, contestataires, des idées de justice et de démocratie, est-il ou non un homme de POUVOIR?"
Et ça, cette supposition, cette éventualité, ça m'emmerde profondément.
Et je me dis: « Et si le choix d'avoir passé mon message un jour déjà lointain, n'avait été motivé que par un manque de messages "vraiment intéressants", situation où l'on peut passer n'importe quoi (histoire de meubler), par une sorte de vague gentillesse envers ce qui est perçu comme un folklore, non dangereux... mais non vraiment nécessaire? A moins que ce n'ait été une autre personne que Christophe Imbert qui ait dépouillé les messages à l'époque (et il y en avait bien moins)? Ou encore que Daniel ait changé d'avis entre-temps? »
Mystère...
Et puis... hier.
Je trouve quand même un peu vachard (et pas vraiment exact) la façon de présenter mon approche. C'était pour le moins raccourci (couic!!!) donc forcément déformé. "Une auditrice qui nous disait la solution c'est l'espéranto... Ça, Bernard Cassen n'y a pas pensé...". En tous cas, je ne sais pas qui a fait la blague de dire « deux pages sur...l'espéranto » mais c'est vrai que c'est drôle. A part que naturellement, moi je me demande si c'est du lard ou du cochon, comme humour.
Mais où est le "ton" Mermet, ce ton tellement particulier qui fait qu'on se dit que ça doit être un gars profondément humain, qui s'intéresse sincèrement à tous les petits, ces "gens de peu" comme il les appelle? Qui les comprend... Qui défend leurs intérêts... Oui, jusqu'à quel point les idées collent-elles au "ton"???? Vague malaise...
Bon, en tous cas, maintenant que la partie immergée de l'iceberg "anglophonie" ou plutôt "anglolâtrie" et même pire: "anglocratie" vient peu à peu à la surface (ouf, c'est déjà ça!), va-t-on réussir à avoir enfin un réel débat sans que les plus estimables et fréquentables des journalistes continuent de "verrouiller" sur ce sujet? J'entendssur l'opportunité d'une langue-pont construite comme auxiliaire de la diversité culturelle et linguistique?
Il semble hélas que ce soit rien moins que sûr.
Ou alors, j'ai peur que ça ne puisse se faire qu'au forceps!
Je sais que Bernard Cassen n'est pas favorable à l'idée, il me l'a dit cet automne à la fin d'une réunion à Niort sur le TCE... Mais Bernard Cassen (tel le Pape) serait-il infaillible? :-p
Ce que trop de gens n'ont pas l'air de vouloir examiner, simplement examiner, c'est que l'espéranto est loin d'être ce qu'en fantasment ses adversaires ou les "sceptiques". Et, en tous cas, il est loin d'être incompatible avec ce qu'analyse et propose Cassen dans son article.
Ce n'est pas l'espéranto OU l'intercompréhension, c'est l'espéranto ET l'intercompréhension.
Fromage ET dessert, quoi!
Oui, vraiment vous n'en avez pas l'air...
Bon. On peut très bien ne pas avoir l'air... et avoir cependant la chanson. Mais franchement, je ne parierais pas un seul euro là-dessus. D'ailleurs, je ne suis pas parieuse.
N'ayez crainte, je ne vais pas jouer ma susceptible, depuis le temps que je lutte, je commence à avoir un cuir de rhinocéros...
Alors, si jamais "Là-bas..." ne voulait pas amorcer le débat, si notre Daniel national était, lui aussi, enfermé dans une vison aussi têtue que péjorative de la "langue internationale", on se débrouillera autrement. Comme d'hab!
De toutes façons, dans un monde de rapports de force, y a pas de secret, hein? Faut s'imposer, à défaut d'en imposer. On va donc continuer à faire les fourmis.
Le seul truc vraiment rageant, c'est le temps qu'on ( = les peuples européens) perd contre l'anglocratie, en attendant... Et bête aussi le temps et l'énergie qu'on ( = les espérantistes) dépense à cette lutte, alors que tant d'autres seraient également dignes de nos efforts, et qu'hélas on ne peut pas être sur tous les « fronts »...
Bon, allez, sans rancune...
Dominique Couturier,
(emmerdeuse de service)